Mousson d’hiver

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Mousson d’hiver

Ici je repose

En écoutant la mousson d’hiver gémir dans la nuit

Et je pense à toi

Petite fille aimée

T’es-tu endormie là-bas, ou reposes-tu éveillée ?

Qui vieille sur toi, mon enfant ?

Qui ramasse ta couverture,

Qu’en dormant tu fais tomber ?

Tes mains potelées ont froid,

Je brûle de te serrer dans les bras,

De t’embrasser les lèvres,

De presser mes joues contre les tiennes,

De caresser tes épaules

Ma petite fille.

Comme le lit est désert sans toi !

Y a-t-il au monde

Des mères plus endolories ?

Dans la lettre, tu disais « J’ai rêvé de toi, maman »

Mais rêver, mon enfant ne sert à rien :

Soyons de nouveau l’une près de l’autre

en détruisant l’adversaire.

Poème écrit par une femme du Nord bien avant la victoire remportée par le Sud en avril 1975. Femmes du Vietnam, Arlene Eisen Bergman, éditions des Femmes (1975). p.143

La victoire d’avril 1975 est celle des Vietnamiennes aussi. Sous les bombes, prostituées, violées, enfermées, torturées pendant plus de quarante ans par les colonialistes français et les impérialistes américains, dans un pays de tradition patriarcale millénaire, les femmes ont maintenu au Vietnam la vie, celle des enfants et celles des terres défoliées, elles ont également pris les armes, le maquis. Travail clandestin, collectif, sans cesse menacé, à refaire, refait. Travail de résistance et de lutte actives. Aujourd’hui leur participation, au pouvoir économique, politique, social, culturel égale à celle des hommes, pose pour nous, ici, la question de ce partage égalitaire, que les femmes nombreuses, commencent à refuser. (4ème de couverture du livre sus-nommé)