Descendantes des communardes – 7 mars 1948

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Descendantes des communardes – 7 mars 1948

[…] Les femmes ont joué un grand rôle dans le mouvement de grève qui s’est emparé de la France, vers la fin de 1947. Elles participent à toutes les manifestations, et les policiers ne les épargnaient pas. Mais rien ne peut intimider les femmes. Leur attitude fut admirable et en bien des cas décisive. C’est ainsi qu’à Clichy, lors de la tentative d’évacuation par la police des grévistes de l' »Alsacienne », les femmes se dressèrent toute contre une telle injustice. Elle se battirent contre les agents de police. A Denain, des centaines de femmes s’avancèrent résolument, avec calme et fermeté, au-devant des soudards d’Anders envoyés par Jules Moch pour charger les travailleurs en grève.

Les travailleuses de la métallurgie déclarent dans leur résolution : « En aucun cas, les travailleurs et les travailleuses ne laisseront porter atteinte à l’égalité des salaires , au droit des femmes aux professions qualifiées. »

Les femmes exigeaient la protection de la mère et de l’enfant, l’interdiction du travail de nuit pour les femmes enceintes, l’aide à la travailleuse par la création des centres collectifs de lavage et de raccommodage, le développement des cantines et coopératives dans les entreprises. De plus elles s’engagent à lutter plus résolument contre les théories réactionnaires et fascistes de « femme devant rester au foyer » qui ne visent qu’à tromper celles-ci en divisant les travailleurs pour mieux les exploiter.

Par les soins de l' »union des femmes françaises », des millions de francs furent recueillis pour aider les grévistes. Les femmes organisèrent des cantines-garderies pour les enfants.

Les paysans, les paysannes , les petits commerçants comprenaient bien que la lutte des ouvriers étaient aussi leur lutte. Dans la Nièvre, un petit village est prévenu que le camion passera collecter très tard le soir. Une vieille paysanne est au bord de la route à l’heure dite, avec un panier de choux et de pommes de terre ; elle craignait qu’en raison de l’heure tardive on ne puisse apercevoir sa maison.

Devant l’action révolue des travailleurs le gouvernement fit des concessions et le travail reprit.

Trois millions de travailleurs français ont pris part à cette grande bataille. La lutte fut dure. Le gouvernement Schuman rampant devant Wall-Street, lança contre les grévistes ses forces armées. Le sang des ouvriers français a rougi le pavé de nombreuses villes. La grève fut une grandiose revue des forces combative de la France laborieuse.

La lutte continue. Le 7 mars 1948 les femmes ont tenu les rues de la capitale. La manifestation en l’honneur de la Journée Internationale des Femmes fut un grand succès, malgré les tentatives d’interdiction faites par le gouvernement. Pendant quatre jours les Parisiennes protestèrent « assiégeant » le Ministère de l’Intérieur, place Beauvau. Finalement le ministre « socialiste » dût revenir sur sa décision et lever l’interdit.

Un long cortège de femmes défila, le 7 mars, pendant plusieurs heures, sous le mot d’ordre : « Du pain et du lait pour nos petits ! », « Abrogation du plan Mayer ! », « A bas la vie chère ! ». Les manifestantes couvrirent de fleurs la plaque mémoriale de Danielle Casanova, héroïne de la résistance. Elles déposèrent aussi des couronnes au pied de la statue de Jeanne d’Arc. Ce jour-là, les héritières de la Commune de Paris ont prouvé une nouvelle fois de plus leur volonté de lutter pour la paix et la démocratie, contre la réaction qui veut faire de la France une colonie du capital américain.

Les filles et fils de France, fidèles à leurs traditions révolutionnaires, sauront conquérir un avenir heureux pour leurs enfants et faire une France libre, forte et indépendante.

Rosa Michel, La femme soviétique n°2, 1948