L’histoire de la femme est l’histoire de son oppression

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L’histoire de la femme est l’histoire de son oppression

La femme et le travailleur ont ceci de commun : ils sont tous deux des opprimés. Cette oppression a subi des modifications dans sa forme, selon le temps et le pays, mais l’oppression s’est maintenue. A travers l’histoire, les opprimés eurent souvent conscience de leur oppression, et cette conscience amena des modifications et des soulagements dans leur situation. Mais ils ne purent déterminer la véritable nature de cette oppression. Chez la femme comme chez le travailleur, cette connaissance ne date que de nos jours.

Il fallait d’abord connaître la véritable nature de la société et des lois, qui servirent de base à son développement, avant de déclencher, avec quelques chances de succès, un mouvement pour mettre fin à des situations reconnues comme injustes. L’importance et l’étendue d’un pareil mouvement dépendent de la conscience des couches lésées et de la liberté de mouvement qu’elles possèdent.

Sous ce double rapport, la femme est inférieur au travailleur, aussi bien par les mœurs et l’éducation que par la liberté qui lui est donnée. D’ailleurs, des conditions qui durent pendant une longue série de générations finissent par devenir des habitudes : l’hérédité et l’éducation les font apparaître comme « naturelles » aux deux parties intéressées. C’est ainsi que la femme accepte encore aujourd’hui sa situation inférieure comme une chose évidente par elle-même. On a beaucoup de peine à lui démontrer que sa situation est indigne d’elle, et qu’elle doit chercher à devenir dans la société un membre possédant les mêmes droits que l’homme, et son égale, sous tous les rapports.

S’il y a beaucoup de points de ressemblance entre la situation de la femme et celle de l’ouvrier, il y a cependant une différence essentielles : la femme est le premier être humain qui ait eu à subir la servitude. Elle a été esclave, avant que l’esclave fut.

Toute dépendance sociale trouve son origine dans la dépendance économique de l’opprimé vis-à-vis de l’oppression. De temps immémorial, la femme se trouve dans cette situation ; l’histoire du développement de la société humaine nous l’apprend.

Augute Bebel, La femme et le Socialisme, p.35-36.