Le droit au divorce

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Le droit au divorce

L’exemple du divorce montre qu’il est impossible d’être un démocrate et un socialiste sans demander, dès aujourd’hui, l’ entière liberté du divorce, car l’absence d’une telle liberté constitue une vexation supplémentaire du sexe opprimé, de la femme, – bien qu’il ne soit point difficile de comprendre que les reconnaissance de la liberté de se séparer du mari n’est pas une  invitation à toutes les femmes de divorcer.

Sous le capitalisme, l’existence de circonstances, ne permettant pas aux classes opprimées de « réaliser » leurs droits démocratiques n’est pas un cas isolé, mais un cas isolé, mais un phénomène typique. Dans la plupart des cas, sous le capitalisme, le droit au divorce n’est pas réalisé parce que le sexe opprimé est économiquement écrasé, parce que, dans n’importe quelle démocratie, sous le capitalisme, la femme reste l' »esclave du ménage », une esclave emprisonnée dans la chambre à coucher, la chambre des enfants, la cuisine. Sous le capitalisme, dans la plupart des cas, le droit du peuple d’élire ses « propres » juges, fonctionnaires, instituteurs, jurés, etc., est également irréalisable en raison précisément de l’oppression économique des ouvriers et paysans. Il en est de même en ce qui concerne la République démocratique : notre programme « la proclame expression de la souveraineté du peuple », et pourtant tous les sociales-démocrates savent très bien que sous le capitalisme la République la plus démocratique n’aboutit qu’à la corruption des fonctionnaires par la bourgeoisie, et à l’alliance de la Bourse du gouvernement.

Seuls, des gens complètement incapables de penser ou ne connaissant pas du tout le marxisme en concluront : la République n’a donc aucune espèce d’utilité, pas plus que la liberté du divorce, la démocratie, le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ! Les marxistes n’ignorent pas que la démocratie ne supprime pas le joug de classe, mais rend seulement la lutte des classes plus nette, plus large, plus ouverte, plus aiguë ; c’est cela qu’il nous faut. Plus la liberté du divorce est complète, et mieux la femme voit que « esclavage domestique » est dû au capitalisme, et non pas à l’absence de droits. Plus la structure de l’Etat est démocratique, et mieux les ouvriers voient que c’est la capitalisme qui est la cause de tout le mal, et non pas l’absence de droits. Et ainsi de suite.

…Le droit au divorce, comme tous les droits démocratiques, sans exception, est difficilement réalisable sous le capitalisme, il est conditionnel, restreint, formel et étroit, mais néanmoins, aucun social-démocrate, honnête ne comptera parmi les socialistes ni même parmi les démocrates ceux qui nient ce droit. Et c’est là l’essentiel. Toute la « démocratie » consiste en la proclamation et la réalisation de « droits » qui, sous le capitalisme, sont réalisés dans une mesure très modeste et très inconditionnelle, mais sans leur proclamation, sans la lutte immédiate et directe pour ces droits, sans l’éducation des masses dans l’esprit d’une telle lutte.

Lénine, « Sur une caricature et sur « l’économisme matérialisme impérialiste ». Octobre 1916, publié en 1924, Oeuvres, t. XIX, p.232-233 (Editions Russes)