Lève toi et marche – Edith Thomas

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Lève toi et marche – Edith Thomas

Peuple mort, peuple muet,
peuple muré, peuple affamé,
avec un gros poids de pierre sur la tête
et sur le cœur ;
Peuple du métro de tous les jours,
avec ses chaussures de bois,
et son livre qu’il lit, comme on s’évade
par une fenêtre ouverte, un jour de printemps.

Peuple français, peuple roumain,
peuple bulgare, peuple grec,
peuple serbe, et toi, peuple allemand,
quand le temps sera-t-il venu ?

La liberté n’a-t-elle plus de nom
elle qui chaque matin était plus belle,
comme une femme qu’on aime
est plus jeune chaque matin.

La liberté qui faisait crouler les châteaux
et qui faisait lever les faux,
et battre les fausses justices,
la liberté n’a-t-elle plus de nom pour toi, ce matin ?

Peuple sous le tas de pierre du silence.
Peuple aux lèvres serrées,
peuple aux membres brisés,
au corps pantelant sous les bottes
qui s’éloignent sur le trottoir,
le miracle ne viendra que de vous
et personne d’autre que vous ne dira
comme à Lazare en son tombeau :
 » Lève-toi et marche… « 

Edith Thomas, 1943

 

Edith Thomas est diplômée paléographe archiviste en 1931. Deux ans plus tard, elle sort son premier roman « La mort de Marie », pour lequel elle obtient le prix du premier Roman.

Durant la seconde guerre mondiale, elle entre en résistance et cache d’autres résistants. Elle adhère au Parti Communiste qu’elle quitte en 1949.

« On ne peut que constater le déclin de la civilisation bourgeoise au point de vue économique, moral et culturel. S’il est une chance pour l’homme, elle ne peut donc être que dans la disparition du capitalisme et la création d’une nouvelle société basée sur la socialisation des moyens de production. Le Parti Communiste me paraît le seul instrument efficace de cette transformation historique nécessaire. » Pourquoi je suis communiste

Les oeuvres d’Edith Thomas font date dans l’Histoire des femmes. Comme par exemple, Les pétroleuses, publié en 1963, relate la vie d’une dizaine de femmes durant la Commune de Paris :

« À un jeune homme qui expose les buts de la Commune, une vieille ouvrière en tablier bleu et coiffée d’une marmotte à carreaux se lève et répond: « Il nous dit que la Commune va faire quelque chose pour que le peuple ne meure pas de faim en travaillant. Eh bien! vrai, ce n’est pas trop tôt! Car voilà quarante ans que je suis laveuse et que je travaille toute la sainte semaine, sans avoir toujours de quoi me mettre sous la dent et payer mon terme. La nourriture est si chère! Et pourquoi donc les uns se reposent du jour de l’an à la Saint-Sylvestre, pendant que nous sommes à la tâche? Est-ce juste? Il me semble que si j’étais le gouvernement, je m’arrangerais de manière à ce que les travailleurs puissent se reposer à leur tour. Si le peuple avait des vacances comme les riches, il ne se plaindrait pas tant, citoyens. »