Du mouvement féminin

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Du mouvement féminin

En ce qui concerne le féminisme, Mariatégui soutient qu’il n’apparaît ni artificiel ni arbitraire entre nous mais qu’il a répondu à l’incorporation des femmes dans le travail manuel et intellectuel. A ce stade, il souligne principalement que le féminisme prospère entre les femmes qui travaillent et, en remarquant comme climat propice au développement du mouvement féminins, les salles universitaires et les syndicats, invite le comité directeur à s’orienter vers ces fronts pour pousser la mobilisation de la femme. Doit être souligné qu’une telle orientation n’implique en aucune manière de mettre en marge les paysannes, puisque si nous rappelons que Mariategui tient pour une classe principale de notre processus la classe paysanne, le moindre doute ne tiendra pas que les femmes paysannes constituent un front de mobilisation et plus encore une source principale permettant au mouvement féminin d’atteindre le prolétariat.

Dans les revendications féministes, Mariategui nous expose l’essence du mouvement féminin :

Personne ne doit s’étonner que toutes les femmes ne se réunissent pas dans un mouvement féministe unique. Le féminisme a, nécessairement, différentes couleurs, diverses tendances. On peut distinguer dans le féminisme trois tendances fondamentales, trois couleurs nuancées : un féminisme bourgeois, un féminisme petit-bourgeois et un féminisme prolétaire. Chacun de ces trois féminismes formule ses revendications d’une manière distincte. La femme bourgeoise fusionne dans un dans un féminisme avec l’intérêt de la classe conservatrice. La femme prolétaire conçoit son féminisme avec la foi des multitudes révolutionnaires dans la société future. La lutte des classes – un fait historique et non une assertion théorique- se reflète dans le plan féministe. Comme les hommes, les femmes sont réactionnaires, centristes ou révolutionnaires. Elles ne peuvent pas, par conséquent, combattre unies dans la même bataille. Dans l’actuel panorama humain, la classe différencie plus les individus que le sexe.

C’est l’essence de la question féminine : le caractère de classe de tout mouvement féminin. Cela, nous devons l’avoir présent à l’esprit plus que jamais, puisque nouvellement l’organisation des femmes s’est ravivée. Surgissent multiples groupes, ceux qui en général taisent ou cachent le caractère de classe qui les sous-tend, ceci étant la classe à laquelle ils servent. Ils annoncent une unification des femmes pour la revendication des droits face aux hommes, toutes unies sans distinction de classes, pour une transformation supposée sociale humaniste, chrétienne et solidaire, en passant par des modalités intermédiaires aux positions de classes confuses, ou pas très claires. Le problème essentiel est donc, encore une fois, d’arracher la racine élitiste qui nourrit tout groupe, organisme, front ou mouvement féminin pour tenir ses positions, afin d’établir à qui elles servent, si elles sont réellement du côté du peuple ou non.

Mouvement populaire du Pérou, Le marxisme de Mariategui et le mouvement féminin.