La difficulté d’être femme

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La difficulté d’être femme

La fille qui pendant toute son enfance s’est plus appuyée sur les personnes qui exercent une autorité à l’extérieur, a dû être plus soumise, moins « méchante » ; il n’y a pas pour les filles d ‘équivalent à la phrase : « Ah les garçons, toujours les mêmes ! ». Le garçon a en quelque sorte déjà accompli la rupture au moment où il résout son complexe d’œdipe – et toute son éducation ne fait que confirmer la formation qu’il a reçue à l’origine, visant à faire de lui un individu « indépendant ». Il n’en va pas de même pour la fille. Elle doit opérer une rupture radicale au cours de son adolescence, alors que le garçon n’a qu’à répéter ses premiers efforts. Bien des femmes ne réussissent jamais à quitter leur famille, même si elles s’en éloignent physiquement, ce qui se comprend. A propos de l’effort que doit faire la jeune adolescente, Freud fait remarquer, non sans un certain détachement :

Lorsque la mère inhibe ou arrête l’activité sexuelle de sa fille, elle remplit une fonction normale, ébauchée par les relations infantiles, qui possède de fortes motivations inconscientes et a trouvé la sanction de la société. Il revient à la fille de s’affranchir de cette influence et de décider à la base d »une motivation plus large et plus rationnelle la mesure dans laquelle elle se permettre la jouissance sexuelle ou s’en frustrera. » Freud, Névrose, psychose et perversion, PUF, 1973, p.214.

Cet aspect typique du conflit entre mère et fille à propos de l’émancipation sexuelle de la fille est un thème qui revient sans cesse dans les récits de cas de Laing; ses familles ne peuvent pas tolérer l’inclinaison sexuelle de leur enfant ou sa colère. C’est le cas de la famille Church :

La spontanéité, surtout si elle est d’ordre sexuel, était un acte de subversion (vis-à-vis des moeurs établis et de la façon dont les rôles étaient imposés et assumés à l’avance). L’affection, la sexualité et la colère, si elles étaient spontanées, risquaient de briser en mille morceaux la « coquille » des Church.

Laing, l’équilibre mental, la folie et la famille, p7.

Le moment de rupture, que la patiente ait quinze ou trois ans, coïncide avec le moment où l’on s’émancipe de la famille, avec la réaffirmation du moi.

Cependant, du fait que les femmes schizophrènes de Laing ne font que réagir à des pressions familiales anormales, quelque chose d’important disparaît : la nature particulière du rapport mère-enfant. Dans la psychose, il est prouvé que la fille ne s’est jamais engagée dans un rapport oedipien avec son père; le père est « absent » de son monde et cela est important. Nous ne parlons pas ici du père réel, mais d’un père symbolique qu’un père réel peut simplement représenter – sorte que l’absence de père n’st pas littérale, mais symbolique-; il importe assez peu qu’il soit présent physiquement ou non, car un père réel ne peut pas arriver à transmettre la loi patriarcale à sa fille, encore qu’il y arrivera probablement qu’un père absent. .

Juliet Mitchell, Psychanalyse et féminisme,p.397-398. Editions des femmes 1975