Elsa Barraine, compositeur et résistante

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Elsa Barraine, compositeur et résistante

 

Elsa Barraine est non seulement, compositrice française née en 1910, mais également une grande figure de la gauche française.

En 1938, elle adhère au Parti Communiste.

Je suis devenue communiste parce que je voyais les communistes seuls combattus avec acharnement dans le monde entier par tous ceux qui, précisément, ne me semblaient ni logiques, ni de bonne foi, ni honnêtes. Ce n’est qu’ensuite, depuis mon entrée au Parti Communiste en 1938, que j’ai pu mesurer toute l’importance historique de notre doctrine, et cette éducation constante me confirme que la seule lutte politique valable à notre époque, et la seule logique, en peut se faire qu’à l’intérieur de notre parti.

Pourquoi je suis communiste. Brochure du PCF, 1950.

En mai 1941, avec Roger Desormière, cette élève de Paul Dukas, anime le Front National des Musiciens. C’est une organe de résistance du Parti Communiste.

Le but du FNM est de lutter contre la propagande nazie ou vichyste, de dénoncer les collabos et d’encourager les musiciens à la résistance. Ils relayaient également les actions des FTP. Cela se manifeste par l’aide matérielle aux musiciens, donner des concerts interdits et faire de la contrebande musicale (jouer des fragments d’airs patriotes devant les allemands).

De 1936 à 1939, ce compositeur devient le chef de chant à l’orchestre national de la radiodiffusion française.

Une petite tête qui porte en elle une ferme volonté. Une nature fine sous ses gestes un peu masculins. Ouvrage de dame, voilà un titre qui me plaît, et à la pensée duquel il siérait qu’une femme compositeur se conformât toujours.

PAUL LANDORLY, La musique française après Debussy. Gallimard, Paris, 1943 (sixième édition), p. 365-367

Elle entre en clandestinité sous le nom de Catherine Bonnard.

Fin 1944, Elsa Barraine est chroniqueuse musicale pour le journal l’Humanité.

Le 5 juillet 1946, elle rend hommage à G Dudach, fusillé par les allemands le 23 mai 1942 au Mont Valérien en mettant en musique le poème de Eluard, « Avis ». « Avis » est le nom utilisé par les nazis sur une liste pour identifier Dudach.

AVIS

La nuit qui précéda sa mort

Fut la plus courte de sa vie

L’idée qu’il existait encore

Lui brûlait le sang aux poignets

Le poids de son corps l’écoeurait

Sa force le faisait gémir

C’est tout au fond de cette horreur

Qu’il a commencé à sourire

Il n’avait pas UN camarade

Mais des millions et des millions

Pour le venger il le savait

Et le jour se leva pour lui.

Paul Éluard, « Avis »,  Au rendez-vous allemand 1944

Elsa Barraine participe par la suite aux arrangements musicaux pour les films du PCF. Ici, la présentation de la Fête de l’Humanité de 1946