Le travail des femmes dans les mines

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Le travail des femmes dans les mines

Depuis 1842, les ouvrières ne sont plus employées sous terre, mais bien au-dessus, à charger et trier le charbon, à traîner les cuves vers les canaux et les wagons de chemins de fer, etc. Leur nombre s’est considérablement accru dans les trois ou quatre dernières années. Ce sont en général des femmes, des filles et des veuves de mineurs, de douze à cinquante et soixante ans.

Que pensent les ouvriers mineurs du travail des femmes dans les mines ? – Ils le condamnent généralement. – Pourquoi ? – Ils le trouvent humiliant et dégradant pour le sexe. Les femmes portent des vêtements d’hommes. Il y en a qui fument. Dans beaucoup de cas, toute pudeur est mise de côté. Le travail est aussi sale que dans les mines. Dans le nombre se trouvent beaucoup de femmes mariées qui ne peuvent remplir leurs devoirs domestiques. Les veuves pourraient-elles trouver ailleurs une occupation aussi bien rétribuée ? Je ne puis rien dire là dessus. Et pourtant vous seriez décidé à leur couper ce moyen de vivre ? (cœur de pierre !) Assurément. D’où vous vient cette disposition? Nous, mineurs, nous avons trop de respect pour le sexe pour le voir ainsi condamné à la fosse à charbon… Ce travail est généralement très pénible. Beaucoup de ces jeunes filles soulèvent dix tonnes par jour.

Croyez-vous que les ouvrières occupées dans les mines soient plus immorales que celles employées dans les fabriques ? Le nombre des mauvaises est plus grand chez nous qu’ailleurs. Mais n’êtes-vous pas non plus satisfait de l’état de la moralité dans les fabriques ? Non. Voulez-vous donc interdire aussi dans les fabriques le travail des femmes ? Non. Je ne le veux pas. Pourquoi pas ? Le travail y est plus honorable et plus convenable pour le sexe féminin. Il est cependant funeste à leur moralité, pensez-vous ? Mais pas autant, il s’en faut beaucoup, que le travail dans les mine. Je ne parle pas d’ailleurs seulement au point de vue moral , mais encore au point de vue physique et social. La dégradation sociale des jeunes filles est extrême et lamentable. Quand ces jeunes filles deviennent les femmes des ouvriers mineurs, les hommes souffrent profondément de leur dégradation, et cela les entraîne à quitter leur foyer et à s’adonner à la boisson. Mais n’en est-il pas de même des femmes employées dans les usines ? Je ne puis rien dire des autres branches d’industrie. Mais qu’elle différence y-t-il entre les femmes occupées dans les mines et celles occupées dans les usines ? Je ne me suis pas occupé de cette question. Pouvez-vous découvrir une différence entre l’une et l’autre classe ? Je ne me suis assuré de rien à ce sujet mais je connais par des visites de maison en maison l’état ignominieux des choses dans notre district. N’auriez-vous pas grande envie d’abolir le travail des femmes partout où il est dégradant ? Bien sûr… Les meilleurs sentiments des enfants doivent avoir leur source dans l’éducation maternelle. Mais cela s’applique également aux agricoles des femmes ? Ils ne durent que deux saisons ; chez vous, les femmes travaillent pendant les quatre saisons, quelque fois jour et nuit, mouillées jusqu’à la peau ; leur constitution s’affaiblit et leur santé se ruine. Cette question [de l’occupation des femmes], vous ne l’avez pas étudiée d’une manière générale ? J’ai jeté les yeux autour de moi, et tout ce que je puis dire, c’est que nulle part je n’ai rien trouvé qui puisse entrer en parallèle avec le travail des femmes dans les mines de charbon… C’est un travail d’hommes, et d’homme fort…La meilleure classe des mineurs qui cherche à s’élever et à s’humaniser, bien loin de trouver un appui dans leur femme, se voit au contraire, par elles toujours entraînés plus bas.

Marx : le Capital, livre 1, ch. XIII, p 436.440. Dietz, Stuttgart, 1914 (Edit. all)