Les Campbell’s Kids de Grace Drayton

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Les Campbell’s Kids de Grace Drayton

Grace Drayton née Viola Grace Debbie (Drayton est le nom de son premier mari qu’elle a gardé après son deuxième divorce), est une illustratrice dont les dessins font partie de la culture populaire des Etats-Unis.

Après ses études en école d’art en Pennsylvanie, Grace Drayton débute en 1895 comme illustratrice indépendante. Ce statut permettait aux femmes d’exercer librement. En effet, à cette époque toute femme enceinte devait quitter l’entreprise dans laquelle elle travaillait. Après sa première vente (« Puss » une jeune fille et un chaton), s’en sont suivies des illustrations pour cartes de voeux, pour livres jeunesse. Rapidement ses dessins ont eu beaucoup de succès. Ses dessins d’enfants étaient reconnaissables entre tous. Elle les appelait les « Funny Babies » caractérisés par des jambes potelées et des joues rondes et roses. Même si les bébés étaient « grossis », l’environnement bourgeois dans lequel elles les dessinait était très réaliste. Les femmes adultes, quant elles, prenaient toujours la forme de belles femmes de la haute société.

Avec les progrès technologiques du monde de l’impression, la publication de magazines grimpait en flèche. De 1880 à 1914, c’est l’âge d’or de l’illustration. Il en faut beaucoup et il n’y a pas assez d’hommes pour cela. Les femmes donc font leur place dans le monde de l’édition. Grace Debbie la première. Elle publie en 1900, dans les journaux de Philadelphie, un comic intitulé Dolly Drake & Bobby Drake. Mais c’est surtout avec Toodles de 1903 à 1904, qu’elle lance sa figure phare qui changera de nom avec le temps : Dottie Dimple (1908-1911), Dimples (1914-1918), Dolly Dimple (1928-1933). C’est une petite fille potelée accompagnée d’un garçon et d’un joli chiot blanc appelé Confortable.

En parallèle à ses comics, elle connaît le succès en vendant, en 1904, ses dessins de chérubins à une grande entreprise : Joseph Campbell, producteur de fruits et légumes (future Campbell soup). En 1894, Campbell décide de commercialiser une soupe condensée. Il leur fallait une publicité pour les tramways vendant les bienfaits nutritionnels de leur produit. Grace a alors crée 16 variantes d’enfants paraissant en bonne santé. Sous les publicités, le message était le suivant :

« L’objet principal de ces jeunes rosseux est de vous rappeler la soupe Campbell…Cela ajoute au plaisir de la vie, tout comme sa consistance vous aide à avoir une bonne digestion et une santé robuste ».

Les Campbell kids ornent les publicités jusque les années 1920. Ils reviennent en 1954 avec la production de 500 000 poupées.

Même si, les Campbell kids et ses deux mariages lui apportent fortune, Grace Drayton ne s’arrête pas de dessiner.

« Je travaille tout le temps parce que j’aime ce que je fais et je dessine vite car je suis impatiente de voir la photo moi-même ».

En 1922, une exposition à New York retrace les illustrations de Grace Drayton pour les soupes Campbell. Elle n’a alors plus le droit de dessiner les mêmes bambins, puisqu’elle a vendu ses droits à la firme.

En 1935, The pussycat Princess est publié sous forme de comic strip. Il détaille le quotidien d’une famille royale riche et douce.

Les illustrations de Grace Drayton est à connaître car il s’agit d’un travail de femme indépendante dans une Amérique de la moitié du XXème siècle, qui est devenu incontournable dans la culture populaire américaine. Il faut pourtant nuancer l’histoire car Grace Drayton, même si morte désargentée suite au crash boursier de 1929, était une mondaine. Son décès en 1936 a été annoncé dans la nécrologie du New York Times !