La beauté n’échappe pas à la lutte de classes

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La beauté n’échappe pas à la lutte de classes

Que l’on tende à ce que la beauté n’entre pas en ligne de compte, comme le préconisait Teng, c’est évident. Mais quels sont les caractères de classe des canons de beauté bourgeois qui doivent être répudiés ? Dans les sociétés de classes, la beauté féminine a toujours été l’apanage des classes dominantes. Ce sont elles qui décrètent, pour l’ensemble de la société, ce qu’est une belle femme. Pour être belle chez nous il faut ressembler à ces femmes de la bourgeoisie, oisives et riches, qui concrétisent ostensiblement des leurs attitudes, leurs vêtements, leurs coiffures, leurs gestes, leur position sociale. Ce n’est d’aileurs pas « naturellement » que cette beauté est confectionnée, mais au prix de quelques mesures concrètes, comme le coiffeur, les boutiques de mode, les régimes amaigrissants, la chirurgie ésthétique, la valise de maquillage. J’en passe…C’est tellement connu que nous ne nous étendrons pas plus. Toute la presse dite féminine est un hymne à ce type de beauté. Dans les carnets de comptes imprimés de Madame, on trouve couramment parmi les recettes et les dépenses la rubrique intitulée « budget beauté ». Ce type de beauté reflète par son ostentation, son luxe non seulement le prestige de l’argent dans notre société, mais surtout il exprime sans contestation le rôle d’objet sexuel dévolu à la femme. Ce qui se traduit sans équivoque par le formule courante « Pour la femme, la beauté est un capital ». Ces canons de beauté sont non seulement financièrement difficiles, voire impossibles, souvent à atteindre pour les femmes pauvres, mais ils le sont aussi à cause du mode de vie qu’ils impliquent. Même « pomponnée » une femme qui travaille aux champs ou à la chaîne, transpire, ses bras, son corps se muscle, ses mains deviennent calleuses ; même « pomponnée » la ménagère, qui lave, repasse, fait la cuisine et les carreaux, a le visage marqué par la fatigue physique ou nerveuse et quand vient le soir, elle traîne ses jambes alourdies. Et pourtant l’homme avec qui elle vit, est comme les autres conditionné à désirer ce type de beauté – qu’elle n’a pas ; ça aussi c’est une partie non négligeable, de la répressions sexuelle !

Claudie Broyelle. La moitié du ciel. p 261-262.

Editions Denoël Gonthier, collection femme. 1973.