Les figurines d’oiseau et les hybrides femme-oiseau du Paléolithique supérieur et du Mésopolithique.

0
Les figurines d’oiseau et les hybrides femme-oiseau du Paléolithique supérieur et du Mésopolithique.

Graphiquement, la façon la plus directe de représenter le triangle pubien est le V.

Cette expression et sa reconnaissance sont universelles et immédiates. Il est cependant étonnant de voir comment cette « abréviation » s’est cristallisée jusqu’à devenir pour des millénaires la marque signifiante de la Déesse-Oiseau.

Dans les grottes du Paléolithique supérieur, on a trouvé des oies, des grues et des cygnes peints ou gravés sur des objets en os marqués de chevrons et de lignes parallèles et des figurines d’ivoire à leur image.

Certaines représentations d’oiseaux aquatiques sont clairement anthropomorphes. En Europe de l’Est et en Sibérie, le V. comme signe unique ou répété en chevron, était lié à l’oiseau ou à des oiseaux anthropomorphes depuis le Paléolithique supérieur. Les figurines d’oiseaux aquatiques de Malta, en Sibérie, par exemple, sont incisées de rangées de V, et les oiseaux aquatiques anthropomorphes sans visage de Mezine, près de Cernigov, en Ukraine, gravés sur de l’ivoire de mammouth, sont marqués de petits traits ou de V.

Le corps et le cou sont incisés de divers symboles : chevrons, méandres, filets deux-lignes, trois-lignes et lignes parallèles multiples.

Ces petites petites figurines ont un dos d’oiseau, mais un grand triangle pubien souligne leur fonction divine de génération. Certaines d’entre elles sont décorées d’une série de panneaux, chacun comportant une disposition des chevrons légèrement différente – en colonnes, opposés ou inversés. Ces figurines, que l’on date provisoirement de -18 000 à -15 000 environ, ont une valeur inestimable : elles nous offrent un aperçu de l’ancienneté de cette relation du V et de la déesse ornithomorphe.

Les V, les chevrons et les chevrons multiples, inversés ou opposés, apparaissent à la toute fin du Paléolithique et au Mésolithique gravés sur de l’os de cervidés ou leurs bois ; on en trouve des exemples dans la culture magdalénienne en France et dans la culture romanello-azilienne (Epigravettien final du sud-ouest de la Roumanie).

Nous verrons que l’association du V (ou chevron), des V attachés ou juxtaposés et du V joint à un méandre aux images de la déesse ornithomorphe et aux objets utilisés pour son culte est une constance pendant des millénaires.

Marija Gimbutas, Le Langage de la Déesse.

p. 35-36. Editions des femmes Antoinette Fouque, 2005.