Le langage de la déesse (introduction)

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Le langage de la déesse (introduction)

Le monde de la Déesse inclut toute la sphère dans laquelle elle se manifeste. Quelles étaient ses principales fonctions ? Quelles étaient ses relations avec ses animaux, ses plantes, le reste de la nature ? Sa place dans la préhistoire et au début de la période historique en tant que figure cosmogonique, source féconde universelle, n’est plus que nouveauté pour de nombreux lecteurs. Dans divers ouvrages rédigés par des historiens de la religion, des mythologues et des psychologues, elle a été décrite comme la « Grande Mère » qui, de ses entrailles, donne naissance à toute autre chose. Elle est généralement représentée sous les traits de la fameuse « Vénus » paléolithiques et des figurines provenant de l’Europe et de l’Anatolie néolithiques ou de la Crète de l’âge de Bronze. On a cherche des analogies de la déesse partout dans le monde : dans l’Asie pré védique, en Egypte, en Mésopotamie, dans les cultures indo-américaines et ailleurs ; mais elles étaient simplistes et n’avaient pas bénéficié d’études approfondies. Ainsi pour éviter de fonder mon interprétation des symboles et des fonctions des divinités sur des analogies aussi fortuites, issues de tous les continents, j’ai concentré mes recherches exclusivement sur les données européennes, en incluant néanmoins toutes les cultures du Néolithique et des périodes postérieures, phase par phase. Puis j’ai suivi la continuité des symboles et des images jusqu’aux périodes suivantes de la préhistoire et de l’histoire tut en remontant dans le temps, jusqu’au Paléolithique, pour retracer leur origine.

L’ensemble des matériaux disponibles pour l’étude des symboles de la vieille Europe est aussi vaste que la négligence dont cette étude a fait l’objet. Parmi ce lot abondant, le groupe des céramiques rituelles et autres objets marqués de symboles est le plus complet. Les sculptures miniatures, appelées « figurines » trouvées en quantité dans presque tous les sites et toutes les nécropoles néolithiques sont d’une valeur inestimable pour reconstruire non  seulement le symbolisme mais la religion elle-même. Parce que les rituels étaient reconstitués en se servant de ces figurines de pierre, d’ivoire, d’os et d’argile, l’essentiel du contenu de cette religion préhistorique a été conservé. La tradition consistant à marquer les figurines et autres objets de culte de symboles, qui en en sont comme le chiffre, nous permet de définir leurs fonctions.

Marija Gimbutas, Le Langage de la Déesse. éditions des femmes Antoinette Fouque, 2005. p.24