Le travail des femmes à l’usine et la maternité

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Le travail des femmes à l’usine et la maternité

Le Manchester Guardian, relate dans tous ses numéros, ou presque, un ou plusieurs cas de brûlure. Il va de soi que la mortalité générale des tout jeunes enfants augmente également en raison du travail des mères et des faits l’attestent de façon éclatante. Les femmes reviennent souvent à l’usine 3 ou 4 jours après l’accouchement, en laissant bien entendu leur nourrisson à la maison; durant les heures de loisir elles courent en hâte chez elles pour allaiter l’enfant et manger elles-mêmes un peu; mais dans quelles conditions a lieu cet allaitement, on peut facilement l’imaginer!

Lord Ashley rapporte les déclarations de quelques ouvrières : M.H. âgée de 20 ans a deux enfants, le plus petit est un nourrisson qui est gardé à la maison par l’autre un peu plus âgé; elle part pour l’usine le matin peu après 5 heures et revient à 8 heures du soir durant la journée, le lait lui coule des seins au point que ses vêtements en sont trempés.

-H.W. a trois enfants, quitte sa maison le lundi matin à 5 heures et ne revient que le samedi soir à 7 heures. Elle a alors tant de choses à faire pour ses enfants, qu’elle ne se couche pas avant 3 heures du matin. Il lui arrive souvent d’être trempée jusqu’aux os par la pluie et de travailler dans cet état. « Mes seins m’ont fait horriblement souffrir; et je me suis trouvée inondée de lait».

L’emploi de narcotiques dans le but de faire tenir les enfants tranquilles n’est que trop favorisé par cet infâme système et il est maintenant vraiment très répandu dans les districts industriels; le Dr Johns, inspecteur en chef du district de Manchester, est d’avis que cette coutume est une des causes essentielles des convulsions mortelles très fréquentes.

Le travail de la femme à l’usine désorganise inévitablement la famille et cette désorganisation a, dans l’état actuel de la société qui repose sur la famille, les conséquences les plus démoralisantes aussi bien pour les époux que pour les enfants. Une mère qui n’a pas le temps de s’occuper de son enfant, de lui prodiguer durant ses premières années, les soins et la tendresse les plus normaux, une mère qui peut à peine voir son enfant ne peut pas être une mère pour lui, elle devient fatalement indifférente, le traite sans amour, sans sollicitude, comme un enfant étranger; et des enfants qui grandissent dans ces conditions sont plus tard tout à fait perdus pour la famille, ils sont incapables de se sentir chez eux dans le foyer qu’ils fondent eux-mêmes, parce qu’ils n’ont connu qu’une existence isolée; ils contribuent nécessairement à la destruction de la famille d’ailleurs générale chez les ouvriers.

 

Engels ,La situation de la classe laborieuse en Angleterre, œuvres, t. IV,  p. 139-140 (édit. All.)