« Femmes, vous qui êtes dévorées du besoin d’aimer, d’agir, de vivre »

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« Femmes, vous qui êtes dévorées du besoin d’aimer, d’agir, de vivre »

Appel aux femmes

De tous les rangs, de tous les âges, de toutes les opinions, de tous les pays,

Femmes,

Vous dont l’âme, le cœur, l’esprit, les sens, sont doués d’une impressionnabilité tel qu’à votre insu vous avez une larme pour toutes les douleurs, – un cri pour tous les gémissements, – un élan sublime pour toute action généreuse, – un dévouement pour toutes les souffrances,- une parole consolante pour tous les affligés ; femmes, vous qui êtes dévorées du besoin d’aimer, d’agir, de vivre ; vous, qui cherchez partout un but à cette brûlante et incessante activité de l’âme qui vous vivifie et vous mine, vous ronge, vous tue ; -femmes resterez –vous silencieuses et toujours cachées, lorsque la classe la plus nombreuse, la plus utile, vos frères et vos sœurs les prolétaires, ceux qui travaillent, souffrent, pleurent et gémissent, viennent vous demander, les mains suppliantes de les aider à sortir de la misère et de l’ignorance !

Femmes, l’Union ouvrière a jeté les yeux sur vous, elle a compris qu’elle ne pouvait pas avoir d’auxiliaires plus dévoués, plus intelligents, plus puissants. Femmes, l’Union ouvrière a droit à votre gratitude. C’est elle la première qui a reconnu en principe les droits de la femme. Aujourd’hui, votre cause et la sienne deviennent  donc communes. Femmes de la classe riche, vous qui êtes instruites, intelligentes, vous qui jouissez du pouvoir que donne l’éducation, le mérite, le rang, la fortune ; vous qui pouvez influencer les hommes dont vous êtes entourées, vos enfants, vos domestiques et les travailleurs vos subordonnés, prêtez votre puissante protection aux hommes qui n’ont pour eux que la force du nombre et du droit. — A leur tour, les hommes aux bras nus vous prêteront leur appui. — Vous êtes opprimées par les lois, les préjugés; UNISSEZ-VOUS aux opprimés, et, au moyen de cette légitime et sainte alliance, nous pourrions lutter légalement, loyalement, contre les lois et les préjugés qui nous oppriment. Femmes, quelle mission remplissez-vous dans la société? — Aucune. — Eh bien’, voulez-vous occuper dignement votre vie : consacrez-la au triomphe de la plus sainte des causes: L’UNION OUVRIERE.

Femmes, qui sentez-en vous le feu sacré qu’on nomme foi, amour, dévouement, intelligence, activité, faites-vous les prédicatrices de L’UNION OUVRIERE.

Femmes écrivains, poètes, artistes, écrivez pour instruire le peuple, et que L’UNION soit le texte de vos chants. Femmes riches, supprimez toutes ces frivolités de toilette qui absorbent des sommes énormes, et sachez employer plus utilement et plus magnifiquement votre fortune.

Faites des dons à L’UNION OUVRIERE.

Femmes du peuple, faites-vous membres de L’UNION OUVRIERE. Engagez vos filles, vos fils à s’inscrire sur le livre de L’UNION.

Femmes de toute la France, de toute la terre, mettez votre gloire à vous faire hautement et publiquement les défenseurs de L’UNION.

Oh! Femmes, nos sœurs, ne restez pas sourdes à notre appel! — Venez à nous, nous avons besoin de votre secours, de votre aide, de votre protection.

Femmes, c’est au nom de vos souffrances et des nôtres que nous vous demandons votre coopération pour notre grande œuvre.

(Extrait de l’Union Ouvrière de Flora Tristan, 3e édition.)