La femme dans la société primitive

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La femme dans la société primitive

Jusqu’à l’époque où surgit la première forme de l’exploitation de l’homme par l’homme, la première forme de division en classes – maîtres et esclaves — , existait encore la famille patriarcale ou comme on l’appelle parfois, le clan. (Le clan : génération, tribu ; époque où les hommes vivaient par familles, tribus.) Les traces de cette époque primitive subsistent d’une façon assez distincte dans les coutumes  de nombreuses peuplades primitives et, si vous consultez n’importe quel ouvrage sur la civilisation primitive, vous y trouverez toujours des descriptions, des indications et des souvenirs plus ou moins précis d’une époque lointaine ressemblant  plus ou moins au communisme primitif, lorsque la division de la société en maîtres et esclaves n’existait pas. Alors, il n’y avait pas d’Etat et il n’y avait pas d’appareil spécial pour exercer systématiquement la contrainte et soumettre les hommes à la violence. C’est un tel appareil qui s’appelle l’Etat.

Dans la société primitive, quand les hommes vivaient encore par petites tribus et se trouvaient à un degré plus bas de leur développement, dans un état voisin de la barbarie, à l’époque dont l’humanité civilisée d’aujourd’hui est éloignée de plusieurs milliers d’années, on ne trouve pas encore de traces de l’existence de l’Etat. Nous y voyons la dominations des usages , l’autorité, le respect, le pouvoir dont jouissaient les chefs du clan, nous voyons que ce pouvoir était reconnu parfois aux femmes* (*Il s’agit du régime social particulier appelé matriarcat (N.R.)) – La situation de la femme ne ressemblait pas alors à celle qu’elle occupe aujourd’hui privée de tout droit et opprimée – mais à cette époque nous ne voyons nulle part d’hommes élevés à un rang spécial et se distingue des autres pour les gouverner et qui, systématiquement, continuellement, dans les intérêts et les buts du gouvernement, possédaient un appareil de contrainte, un appareil de violence qui est représenté aujourd’hui, ainsi que vous le comprenez tous, par la force armée, par les prisons et autre moyens de soumettre la volonté d’autrui à la violence, toutes choses qui constituent l’essence de l’Etat. Si l’on se détourne des théories dites religieuses, des astuces, des constructions philosophiques des différentes opinions échafaudées par les savants bourgeois, et si l’on va au fond même des choses, l’on voit que l’Etat se résume justement en un semblable appareil à gouverner et ayant besoin pour cela d’un appareil fait pour la contrainte, pour l’assujettissement de la volonté d’autrui à la violence : prisons, détachements spéciaux d’hommes, armée, etc., alors appareil d ‘Etat.

Mais il y avait une époque où l’Etat n’existait pas, où les liens communs, où la société même, la discipline et l’organisation du travail se maintenaient grâce à la force de l’habitude et des traditions, grâce à l’autorité ou au respect dont jouissaient les anciens du clan ou les femmes qui occupaient alors souvent une situation, non seulement égale, mais parfois même supérieure à  celle de l’homme, et où cette catégorie particulière d’hommes, les spécialistes, pour gouverner n’existaient pas.

«  De l’Etat », conférence à l’université Sverdlov, 11 juillet 1919, Œuvres complètes, t. XXIV, p.365-366, 2ème édit. Russe. – De l’Etat « Petite bibliothèque Lénine », p. 10-12. B.E., 1935.