« Cent femmes ne valent pas un seul testicule »

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« Cent femmes ne valent pas un seul testicule »

D’autres légendes enracinées dans un passé lointain nous apprennent que dès les débuts de son histoire, la population vietnamienne a mis en oeuvre un réseau complexe de digues pour maîtriser les inondations périodiques de la mousson. Selon certains, ces digues auraient été construites par des esclaves. Selon d’autres, elles seraient le résultat d’un travail collectif. Quoiqu’il en soit, il y avait, avant l’arrivée des Chinois au Vietnam, de nombreuses tribus qui se laquaient les dents en noir, comme le pratiquent encore aujourd’hui certaines d’entres elles. Ces tribus vivaient en cultivant le riz dans les terres inondées. Les unes avaient une organisation communale ; d’autres, ayant à leur tête un chef, réduisaient à l’esclavage les tribus conquises. D’autres tribus, enfin, auraient été matriarcales*.

L’invasion chinoise a renversé les structures matriarcales et communales existantes pour imposer la hiérarchie confucéenne dans toute sa raideur. Les chinois ayant dominé le Vietnam pendant mille ans (jusqu’à 981  ap JC) ont laissé leur empreinte sur l’histoire et ma culture vietnamiennes. La plupart des rois et des seigneurs vietnamiens ont conservé la règle confucéenne même après le départ des Chinois :

Cent femmes ne valent pas un seul testicule

« Depuis toujours les maîtres confucéens essayent de graver ces paroles dans la conscience des femmes vietnamiennes. Et aujourd’hui aux Etats-Unis, de même qu’en Europe, nous entendons encore dire que « la place d’une femme est à la maison ». De tels dictons reflètent et renforcent un rapport d’inégalité qui subordonne la femme à l’homme. Tout au long de l’histoire du Vietnam, les femmes ont été les êtres les plus mal traités de la société? Et quand on passait d’un souverain au suivant, la situation des femmes ne changeaient que pour empirer. »

*Selon certains spécialistes, la tribu des Champas était un matriarcat ; ils auraient vécu sur la côte sud-est du Vietnam, là où les Chinois n’ont jamais pénétré. « Le Champa » (pays des Chams) a conservé son indépendance pendant 1400 ans jusqu’au XVIème siècle, époque à laquelle il a été conquis par une dynastie vietnamienne. EN réalité le pouvoir des femmes était très réduit chez les Chams : si sur le plan familial l’héritage était matrilinéaire, le pouvoir royal était entre les mains des hommes et se transmettait de père en fils. Dans les classes dirigeantes on immolait les veuves sur les bûchers funéraires de leurs défunts. Voir George Maspero, Le royaume des Champas (Leide, E.J. Brille, 1914)

Femmes du Vietnam, Arlène Eisen Bergman, p.30-31. Editions des femmes 1975